Alexis HK, concert et rencontre vus par Cécile

Festival Courant d’Airs – Samedi 10 octobre – Alexis HK

« La dernière fois que j’avais vu Alexis HK, c’était avant Bordeaux Chanson. Présence inattendue ce soir-là avec son groupe sur la place d’une ville Atlantique : chansons réalistes aux accents celtiques et percus en voyage… mais surtout spectacle vivant émaillé de petites histoires délirantes et régal de mots. Une poignée d’années et un album plus tard, il est là, seul avec sa guitare sur la scène du Glob Théâtre. Aargh, ces affreux moments de solitude !… Qu’à cela ne tienne – même pas peur ! Après les Affranchis il nous le dit clairement : « Ah, non ! Je vous préviens : pas de rappel tout à l’heure ! Hors de question de revenir comme ça, tel un vieux chanteur fatigué avec sa serviette en éponge autour du cou ».
Le narrateur gourmand de mots est au rendez-vous : cette fois, Alexis HK nous réjouit avec l’épisode improbable d’un dîner en tête à tête avec une gothique donzelle. Petit coup de griffe (volatil) par-ci, clin d’œil (noir outre-tombe) par-là, entre diction un peu rap et ballades folk se glissent un titre qui sonne jazz ou les accords d’une valse. Une mélodie moyenâgeuse aux paroles anachroniques, un petit tour dans le monde de l’enfance, une reprise de Bashung et une coquinerie – en guise de pousse-café du susnommé dîner d’épouvante ? Ambiances mouvantes voire émouvantes : avec ses chansons-histoires, il nous emmène où l’on ne s’y attendait pas. Comme nous, il a l’air heureux de retrouver des chansons plus anciennes aussi. Il arrive à créer en tout cas une écoute incroyable : tous les mots sonnent et on dirait qu’il y a mis beaucoup, beaucoup de lui. Et quand tout s’arrête après les quelques chansons de rab (et oui, il est revenu finalement, et sans la serviette), on est tout vides.
Demain, il repart dès potron-minet et pourtant il prend le temps de nous parler à l’entrée du théâtre. Il aime l’ambiance colo des tournées avec son groupe mais aussi sentir le pouls du public : pas une minute pour souffler quand on est seul sur scène mais c’est important justement de prendre le temps de poser chaque chanson et tout ce qu’il y a autour ce jour là. « Dans le spectacle vivant, il y a une règle : quand ça marche, ça marche… et quand ça marche pas, il faut travailler ! On réfléchit aux raisons qui faisaient que ça ne marchait pas, on change et si on est convaincu, ça marche. » Chanteur tous terrains, il aime autant les spectateurs déchaînés de ce gymnase à Nancy que ceux de la petite médiathèque de campagne ou la salle un peu froide au début, celle avec les abonnés assis : il faut gagner leur confiance – mais c’est encore mieux s’ils en redemandent à la fin. « En plus, j’apprécie vraiment la démarche de suivre une programmation sur une saison pour découvrir des chanteurs qu’on ne connaissait pas. »
Les derniers concerts qu’il a aimés : Caravan Palace pour leur énergie incroyable et le côté « rétro-fiction » de leurs chansons… Emily Loizeau aussi… même si elle pourrait être plus incisive parfois – grr ! Il travaille avec grand plaisir avec Renan Luce, à l’humour fin et cette indéfectible culture du partage. Et toujours l’influence de Brassens « chanteur moyenâgeux »… Quant on lui demande d’en dire plus sur son amour des mots, il parle des chanteurs de rap au verbe généreux qui n’hésitent pas à « festoyer » : « ça serait dommage de parler avec juste le minimum « c’est cool », « je kiffe », « c’est pas cool ». Quand on fait sonner des mots qu’on n’entend pas souvent, on s’ouvre les oreilles. »
Chanteur, c’est ce qu’il veut faire depuis l’adolescence. Il a vu des gens sur scène et il savait que c’était ça. Alors, à 19 ans, il a pris un boulot à ¾ temps pour pouvoir faire le long apprentissage de la musique et de l’écriture. Depuis, il a fait du chemin, mais il sent comme une parenté entre les anciennes et les nouvelles chansons… « Parfois une chanson se crée en 5 minutes… parfois il faut chercher. J’ai le début et je trouve qu’elle ne sonne vraiment pas. Je m’arrête et pourtant je sens qu’il y a quelque chose à en faire. Et puis un jour, tout se met en place. Les chansons se nourrissent d’autres chansons, mais aussi d’épisodes et de sensations de la vie, des rencontres, du boulot… Tout se mélange et participe et la chanson finit par apparaître… A 35 ans, j’ai la chance incroyable de faire un métier que j’aime. Un bébé, une femme extraordinaire : pas plus heureux que moi ! » Il y a des moments comme ça dans la vie, où tout correspond… Vraiment pas le temps d’être ronchonchon ! »

Billet écrit par Cécile, nouvelle adhérente.

2 réflexions sur « Alexis HK, concert et rencontre vus par Cécile »

  1. quel bel article ! on sent une réelle proximité avec le chanteur pendant et après le concert, ça donne envie. bravo pour l’interview "l’air de rien"

  2. Ton article va faire (encore plus) enrager ceux qui n’ont pas pu assister au concert ce soir-là, et en même temps apporte des éléments nouveaux même à ceux qui étaient là : Bravo !

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