C'est une jeune femme toute simple qui entre sur la scène du Carré des Jalles, en jean, chemise et queue de cheval. La salle affiche complet, le public est chaud comme la braise. Souad semble un peu débordée par ce succès, intimidée. Malheureusement, c'est ce qui va prédominer : un public en demande, dansant dans les coins, lançant des "you you" enthousiastes, et une chanteuse qui semble plus avoir envie d'intimité. Par moments, la rencontre a lieu autour d'une chanson calme. Sa voix s'élève comme une plainte douce, portée par un accompagnement épuré et on est suspendus, hors du temps, à la magie de l'instant. On en redemanderait volontiers, mais déjà les musiciens reprennent leurs places et le son, beaucoup trop fort, ne nous permet plus de déguster l'univers délicat de Souad. On regrette aussi le manque de communication qui nous laisse à l'écart des textes, tous en arabe. Souad parle très peu entre les morceaux, se retourne souvent comme si elle cherchait le soutien de ses musiciens pour faire face à ce public qui veut de la fête. En fait Souad n'est pas très "orientale" dans son approche scènique, et c'est sans doute ce qui déroute tant. C'est aussi ce qui m'a le plus touchée : c'est une femme d'aujourd'hui, d'ici, qui revendique ses racines sans les caricaturer, qui semble parvenir à être elle-même alors que son parcours pourrait l'amener à se travestir pour mieux répondre à une attente évidente d'un spectateur nostalgique ou en quête d'exotisme. Enfin, on ne dira jamais assez combien la programmation du Carré est intéressante et courageuse en des temps où l'électoralisme de nos politiques vise bien souvent à faire dans la flatterie populiste plus que dans la culture intelligente ET populaire.