Escale en chanson

Ce week-end, c’est l’Escale du livre, salon du livre de Bordeaux.


Pour plein de raisons, ici on adore cette manifestation, notamment parce qu’elle présente toujours de belles rencontres avec des artistes aimés :

LECTURE EN MUSIQUE
Ping-Pong
Brigitte Giraud et Albin de la Simone
Un ping-pong indédit au cours duquel les textes de l’écrivain et les chansons du chanteur se répondent de manière surprenante. Avec lucidité et humour, distance et dérision, cette lecture-concert intimiste évoque les tumultes de l’amour. Un échange doux amer dans lequel chansons et textes dialoguent pour dire les espoirs et déceptions, les petits arrangements et les grands élans, les lâchetés ordinaires et l’héroïsme fou !
Les chansons élégantes d’Albin de la Simone, à la fois pop et singulières, parlent des choses de la vie de l’homme, de l’amour, de l’amitié, du temps qui passe. Elles répondent à l’univers sensible et pudique de Brigitte Giraud.
Réservation conseillée : 0556101010 // reservation@escaledulivre.com
Dimanche 6 avril – 15h30, Salle de l’Atelier

Au loin la côte
Arnaud Cathrine et Bastien Lallemant
Dans Je ne retrouve personne (Verticales) d’Arnaud Cathrine, Aurélien Delamare débarque à Villerville un dimanche d’automne pour régler la vente de la maison familiale. Il est censé n’y passer qu’une nuit. Ce séjour va pourtant se prolonger et prendre l’allure d’un état des lieux personnel. Dans ce livre d’abandon au principe d’incertitude, on doute de soi au passé (re)composé et au présent le plus immédiat. Une rencontre à la croisée du dernier roman d’Arnaud Cathrine, et de l’univers musical de Bastien Lallemant, qui dévoile des chansons de son prochain album à paraître en 2014.
Réservation conseillée : 0556101010 // reservation@escaledulivre.com
Dimanche 6 avril – 17h00, Salle de l’Atelier

Nous y verrons-nous ?

Henri au Rocher de Palmer pour Oldelaf le 13 mars 2014

Concert plaisant, vivant, drôle, mêlant musique et sketches, devant un public inconditionnel qui connaît tout par cœur. Les chansons, à l’image des tubes « le café » et « la tristitude », sont humoristiques et peignent des scènes de la vie quotidienne ou le monde qui nous entoure avec une pointe d’absurde. Deux chansons plus intimistes sortaient de ce modèle, joliment écrites et émouvantes. Oldelaf ne cherchait pas à faire rire et avait d’ailleurs choisi une orchestration plus acoustique. C’est dans ce registre qu’il se rapprochait du style de chanson d’écoute que nous aimons programmer à Bordeaux Chanson et qui m’a surpris ce soir-là. Comme si le style habituel qui fait son succès cachait un auteur plus sensible, plus intime, et plein d’un talent supplémentaire que j’aurais plaisir à le voir exploiter.

Hyper actifs ?

A Bordeaux Chanson, on ne mollit pas ! Ce n’est pas un, ni deux, mais bien trois concerts qu’on vous propose ce week end :

Vendredi soir à 20h30, c’est une première rencontre avec un chanteur sélectionné par le comité d’écoute : Julien Biget


Son site ici

A la Cafête de l’Espace Culturel G. Brassens – Léognan
Tarif : 6€
Réservations au 05 57 96 01 30

Samedi 20h au Bouscat et dimanche 17h à Le Haillan
ChansonChezSoi (concerts chez l’habitant) avec Valérian Renault plébiscité lors de son passage à l’Inox en novembre dernier.

Son site ici.
Réservations au 06 68 82 58 23.

Zedvan par Cécile

Zedvan, ataraxique paradoxal

… Une légère brise dans les branches d’un cerisier en fleurs. Des hirondelles qui volent en arabesques de chanson en chanson. Un zèbre paisible à l’ombre d’un arbre.


Le Haillan Chanté 2013
Photo Alain Nouaux

“Les histoires façonnent nos vies et dans certains cas, nous aident à nous définir.” Si ce que dit une étude américaine récente (lien : http://www.maxisciences.com/lecture/lire-un-bon-roman-modifierait-biologiquement-le-cerveau_art31693.html) est vrai, “lire un bon roman modifierait biologiquement le cerveau”. Je commence justement à me dire que ça pourrait bien être la même chose pour la musique, comme les belles chansons d’écoute de mes auteurs-compositeurs-interprètes préférés découverts grâce à Bordeaux Chanson, qui viennent faire un tour spontanément dans ma tête depuis plusieurs saisons désormais. Ca peut vous paraitre un peu zébré comme idée, mais ça m’arrive régulièrement et parfois de façon incongrue. Exemple : “L’Eau de l’aurore” de Presque Oui alors qu’il pleut des trombes depuis des mois…, “Ma Crise” d’Albin de la Simone alors que je vois pas du tout le rapport entre mon âge et les cours de la bourse, ou “Fukushima” de Zedvan alors que plus personne ne pense à ce qui s’est passé à l’autre bout du monde il va y avoir bientôt deux ans !

Complètement zébré celui-là !
Une ballade salutaire dans l’univers poétique d’un chanteur, parfois comique, parfois tendre, parfois plus sombre, voire complètement foutraque : de quoi lutter efficacement contre la morosité ambiante et la grisaille pesante ! Ce qui me plait particulièrement chez Zedvan, que j’ai pas mal écouté depuis la sortie de son album “La Zébritude”, c’est sa façon de dessiner les contours du monde avec une spiritualité excentrique, ce petit grain de folie douce et contagieuse, vous savez ? Ce grain de sable qui fait tout déraper et qui tourne au chaos dans « Jéovah »… et dans pas mal d’autres chansons, où se croisent allègrement tsarines suffocantes et inquiétants fanatiques, bagnards en pyjamas à rayures, et amoureuses des livres à ramasser à la petite cuillère, stupre et morceaux de cervelet, kamasutra et bombe d’Hiroshima 😉 C’est donc quasiment sans transition qu’on passe en concert du rire sardonique à l’ambiance « Champagne » (ou Juliette mâtinée de « Brazil » ?) du « Bal des écorchés vifs » (ancien album) au guilleret « La Pompe à chaleur humaine », en navigant par la prise de conscience poétique de « Toutes ces lumières », ou l’inventaire de l’essentiel à inventer d’« Il reste », avec sa dernière note suspendue…

« Rien n’est jamais ni noir, ni blanc »
Dans la chanson-titre « la Zébritude », Zedvan revendique la fantaisie d’être soi-même. Ce qui fait le lien entre les chansons de l’album du même nom, c’est  « ce sentiment d’étrangeté au monde ». Chic et sauvage, notre zèbre n’a pas du tout, mais alors pas du tout envie d’être catalogué, enfermé dans une catégorie-cage du zoo moderne ! Ni zozo, ni zouave, ni zazou… à part peut-être au détour d’une chanson surréaliste de Brigitte Fontaine, qui compte parmi ses influences reconnues. (1) Et comme il aime aussi la pop et les musiques du monde (2), il passe allégrement d’une ballade jazz « tch k-tch… + légère réverb » ou d’une bossa  « tà diferente » à un rock bluesy aux accents latino et mélange les styles. Et l’atmosphère oscille entre recueillement et lâcher-prise de la danse… une façon de danser particulière et bien à lui. « Surtout ne prend pas de cours, lâche Christophe (Limousin, son nouveau guitariste) (3), l’oeil frisé : tu risquerais de perdre ce qui fait son caractère unique… explosif… spontané ! »

Le ciel déshirondellisé
Et oui, vous n’avez pas rêvé, vous avez bien lu « recueillement » il y a quelques lignes de cela ! Et ça peut vous paraître étonnant si vous avez gardé le souvenir d’un Zed Van Traumat plus « indomptable » dans son album précédent « Belge Andalou »… Derrière l’ébouriffant numéro de jonglage de mots et d’histoires hallucinées se cache en effet la douleur fulgurante et muette de Fukushima. (Bonjour la phrase qui plombe : je sais pas si j’assume ! 😉 En tout cas, cette chanson m’a émue, puis sa mélodie m’a accompagnée, des jours durant. Elle revient encore, de temps en temps et du coup, je me demande si elle n’a pas participé à modifier la biologie de mon cerveau.^^ En concert, Zedvan s’essuie le visage : « Encore une chanson pas drôle du tout. » En tout cas, un sujet grave qui « lui met le bouilli ! » Arpèges aériens à la guitare sèche, puis petites notes de guitare électrique comme des pétales qui tombent (au piano sur l’album, comme des gouttes), puis la basse donne des racines de sumo à la voix : très émouvant… Et Zedvan est encore bouleversé par l’exemple de résistance de ce vieux monsieur japonais (102 ans) qui a préféré en finir plutôt que d’être évacué, coupé de ses racines, du lieu paradisiaque où il a toujours vécu. « Fukushima, j’en n’aurais pas parlé si je n’avais pas lu ce fait divers. Tout est parti de la phrase « J’ai vécu… » et en remontant, de refrain en couplet, l’histoire de cet homme se raconte, celle de ce pays qui l’a accompagné, la matière même dont il est fait. La mélodie est venue en même temps… Souvent je pars de notes, de téléscopages de mots, de bouts de phrases, d’un noyau rythmé sens plus son avec une idée rythmique, pas forcément définitive. La plupart du temps, ça commence avec un texte, puis vient la musique. Au début, mes mélodies étaient un peu pauvres. Je leur accorde davantage d’importance maintenant. » A la question “chanson engagée ?”, il répond : « Pour ce genre de chanson, il y a un message, mais plus de l’ordre du sensible et de l’émotion que du discours. Il me semble que les chansons ne sont pas vraiment efficaces pour des causes qu’on doit défendre avec la raison. Je trouve souvent les chansons engagées maladroites. On ne fait pas de chanson avec des bons sentiments. En restant dans le registre du sensible, du récit, les gens peuvent davantage s’y reconnaître, se projeter.»

Un zèbre apaisé à l’ombre d’un cerisier en fleurs…
« Avant, quand j’étais méchant » « C’était ma période cynique » « Moi qui déteste les gens » On n’y croit pas 5 secondes ! Evidemment qu’il s’est attendri, peut-être en laissant s’envoler la moitié de son nom ?… Zedvan semble prêt à prendre le temps de retrouver son souffle, de respirer à pleins poumons, d’échapper à l’urgence et d’exprimer les paradoxes du monde : « Je fume à perdre haleine pour reprendre mon souffle » (dans « Il y a longtemps que je poque »). Il n’étouffe plus, on dirait, peut-être grâce au contraste assumé qui réconcilie histoire difficile et groove irrésistible (dans « J’ai tout fait »). C’est la fin du concert et Zedvan a l’air apaisé. Il reprend « La roue de fortune », son adaptation de Chico Buarque. Pieds nus, avec guitare seule au début, puis rejoint par les musiciens : batterie et contrebasse puissantes. Et il se fait vraiment plaisir, ça se voit : c’est l’ataraxie !(4) La chanson se termine sur mon mot brésilien préféré, « coraçao » : todo bom! 😉 (Après le concert, pendant la dédicace, il chantera – rien que pour nous – un couplet d’une autre chanson en brésilien : quel bonheur !)  « Il paraît qu’on raconte toujours la même chose dans ses chansons » dit-il en finissant pour de vrai cette fois avec un morceau de l’ancien album que j’adore : « Nadar ». Et bien, il faut croire que ce livre d’histoires trouve un écho particulier à mes oreilles sensibles et c’est sans doute pour ça que j’avais tellement envie de le partager avec vous avec moi aussi mon trop plein de mots !  

Et de finir mon interview avec une question bizarre : « qu’est-ce que vous aimeriez murmurer à l’oreille d’un zèbre ? » « Ah ah ! » (le zèbre sourit, c’est gagné ! 😉 « Je ne sais pas !… Je crois que… je lui demanderais de me bénir. Oui, c’est ça, me bénir, simplement…» Difficile de répondre à cette belle réponse : à mon tour plutôt de remercier Zedvan d’être Zedvan, avec son inspiration bienveillante, libératrice, fantaisiste et sage… et à Bordeaux Chanson de nous permettre de découvrir sur scène des auteurs qui nous réconcilient avec le verbe grâce au spectacle vivant.

(1) Pour en savoir plus sur les influences de Zedvan, son rapport aux mots et alimenter le grand débat Bordeaux-chansonnesque « la musique ou les paroles ? », vous pouvez vous jeter sur le portrait publié récemment dans le magazine en ligne My Global Bordeaux. Et oui, 2 articles sur 2 sites : quand on aime, on ne compte pas ! 😉 Allez-y, n’hésitez pas !

(2) Il a eu la chance d’être accompagné sur scène par le génial accordéoniste/multi-instrumentiste réunionais René Lacaille.

(3) Les musiciens géniaux qui accompagnent Zedvan sur cet album « habillé » par Marc Delmas avec beaucoup de talent sont : Christophe Limousin aux guitares, Nicolas Domenech aux basses et Didier Ottaviani aux percussions et batterie

(4) Ataraxie : quiétude absolue de l’âme, idéal du sage, selon l’épicurisme et le stoïcisme (Larousse)